Il est utile de faire le point de temps en temps.

L’importance du Topos est réelle. Faire le point est indispensable pour savoir si le chemin est encore cohérent avec la destination désirée. Nul voyageur n’oserait dire le contraire, la carte, la boussole, le sextant et autres outils ont balisé le chemin des explorateurs et des voyageurs.

C’est une attention particulière et globale au monde que j’aime à mettre en oeuvre, et que j’encourage à mettre en oeuvre. Cette attention au monde s’accompagne très bien de la médiance chère à la mésologie, médiance qui établit une relation d’échange entre soi et le milieu.

Deux axes me sont apparus prioritaires pour aller dans ce sens, pour cheminer le mieux possible.

Le premier c’est le relâchement, la relaxation, le mouvement juste.

Depuis que j’ai découvert l’Aïkido en juin 2013 j’ai du beaucoup apprendre sur moi et réapprendre à communiquer avec mon corps. Je me suis retrouvé dans ce texte. Merci à Philippe Herr et à son site.

“Dans le langage des arts martiaux japonais, entre initiés, on parle du mouvement de soustraction. Il faut savoir que tous les sports mondiaux dont l’origine est pour la plupart gréco-romaine sont basés sur ce que nous appelons le mouvement d’addition : pour se déplacer, il faut rajouter une puissance. Pour faire un sprint par exemple, on fait un appui au sol, et on exerce une poussée (propulsion) en contractant les muscles. Dans les arts martiaux, c’est tout le contraire : on avance en relâchant les muscles, autrement dit en tombant. Quand on relâche les muscles, une énergie liée à la gravitation se libère. Avec le relâchement musculaire, le mouvement est immédiat, en un seul temps, ce mouvement est beaucoup plus rapide qu’avec le système musculaire de l’addition qui ne peut se faire qu’en deux temps. Mais il faut améliorer notre posture en tirant profit de l’inertie : c’est en relâchant le poids du corps que l’on bouge. Dans la logique du mouvement de soustraction, on transpire peu parce que l’on travaille en synchronisant le système musculaire, le système tendineux, le système nerveux et le système osseux, ce qui permet de se mouvoir avec une faible consommation d’énergie et de sels minéraux.”

http://aikidoenergie.wordpress.com/2014/06/11/mouvement-de-soustraction/

Je suis encore bien loin d’avoir atteint le niveau suffisant, toutefois je ressens et comprend plus justement ce qui est en jeu et c’est dans une pratique quotidienne d’écoute de soi et du corps que je me retrouve. Peu à peu tout cela prend sens et se cale. Et me donne vraiment envie de continuer dans la pratique des arts martiaux.

Mon second axe de travail est sur la quête du Réel.

Lire et réfléchir, assimiler et expérimenter. La méditation d’abord et ensuite la pratique de l’hypnose, surtout lors de la rencontre avec mes clients, mes diverses lectures essentiellement Watzlawick, Nardone, Leloup, Moss et quelques philosophes modernes tel que Pirsig et Comte-Sponville.

Je reprend avec plaisir une formule de Protagoras : “L’homme est la mesure de toute chose”, ce qui a donné lieu au relativisme moderne et justement à tous les travaux de l’école de Palo Alto.

Je suis souvent en regard sur ce Réel, en quête et en non confiance de ce que parfois mes filtres peuvent percevoir. Il est important de savoir d’où l’on pense. Et le texte de Philippe Herr, encore lui, est éclairant :

Un ami me fait part des propos de Frank Hatem, métaphysicien, dont voici un petit extrait :

F. H. : C’est en posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses.   Quelqu’un qui dit « Vous voyez bien que la matière existe ! Si je me cogne contre le mur, cela fait mal ! Donc la matière est réelle », eh bien cela n’est pas rationnel, il faut le ramener au rationnel que son mental refuse, mais est capable d’accepter. « Eh bien oui, effectivement, cela fait mal, donc c’est une sensation, donc c’est l’esprit ! En quoi la sensation prouve-t-elle la matière ? Elle ne prouve que la sensation, donc l’esprit ». Donc c’est une question que se pose le mental et qu’il ne pourra plus ne pas se poser.

A. F. : Si je saigne, ce n’est pas une sensation, je vois bien le sang couler. Je me suis cogné le genou sur le sol, je vois bien le sang couler, ce n’est pas une sensation.

F. H. : Bien sûr que si ! Si tu vois le sang couler, c’est une perception. Qu’est-ce que c’est qu’une perception, sinon de l’esprit au même titre qu’une sensation ?

                                                                                                               

                                                                                              *

Pour rebondir rapidement sur ce que dit Hatem, et tel que ça me vient :

Le Réel existe, très certainement, mais il n’existe, pour un être vivant, qu’au travers de ses perceptions. Ses perceptions dépendent de son câblage neuronal, qui lui même permet de faire « tourner » son système cognitif. Je suis d’accord, tout est illusion, dans le sens où tout ce que nous percevons est, de par le fait même d’une perception en action, subjectif.

 Comme nous partageons, nous, humains, le même système neurologique, nous avons un système cognitif relativement identique d’individu à individu.

 Nous percevons le Réel globalement de la même manière… du moins en ce qui concerne le rapport « physique » avec la matière. Parce qu’en ce qui concerne la « vision du monde », cela relève de la mythologie, ou de l’idéologie, bref de l’imaginaire et des « idées » ; c’est encore un niveau d’illusion au dessus, une couche supplémentaire de capacité à s’illusionner.

 Il y a le Réel, insaisissable ; et il y a la réalité, ce que nous sommes à même de percevoir du Réel. (Ceci juste pour donner des noms à ces deux plans : le plan objectif, et le plan subjectif). L’individu partage la réalité sociale, en (grande) partie. L’individu possède aussi un monde intérieur, son imaginaire personnel (qui est à un niveau de réalité encore moins réel – du moins en apparence – que la réalité sociale partagée.) ça fait pas mal de couches d’illusions, déjà !

 Ceci dit, toutes ces couches de perception subjectives ou d’imagination propre font intégralement partie, elles aussi, du Réel.

Le Réel ne s’arrête pas à la matière (même quantique ou infra quantique) ; le Réel intègre tout, donc aussi tous les niveaux d’organisation de la matière qui constitue les substrats de nos niveaux d’illusion.

 Au Réel originel (une sorte de proto-matière-énergie quantique !) s’est ajouté tous les niveaux créés par des entités vivantes.

Ce que je veux dire c’est que ces modes d’organisation – ceux des créatures – font désormais partie du Réel. Ils ne sont pas réductibles à un état initial ; car c’est l’organisation même de la matière énergie (donc leur structure informationnelle) qui les constitue désormais en tant que partie intégrante du Réel.

 C’est du Réel ajouté. La matière-énergie a crû en information : ce gain informationnel fait lui aussi partie du Réel. C’est peut-être ce qui le constitue in fine (d’où la fameuse « métaphysique quantique », pour laquelle – du moins en tant qu’hypothèse heuristique – tout n’est qu’information, tout serait réductible à de l’information).

 Pour un être vivant, tout ce qu’il perçoit, ressent (et bien sûr imagine) est vécu en esprit.

 Mais qu’en est-il, par exemple, de notre fonction digestive ? Elle n’a pas besoin de notre subjectivité pour fonctionner ; elle n’a pas besoin que nous y pensions ; c’est un système bio-automatique. Ce n’est ni de la réalité (perçue) ni du Réel (pur, neutre), c’est… de l’incarné.

 Qu’en est-il de notre inconscient et de son travail autonome nocturne, durant les rêves ? Nous ne le contrôlons pas (sauf exception : mais alors, dès l’instant où nous le contrôlons, nous basculons du côté de l’illusion, puisque tout perçu, selon Hatem, si j’ai bien compris, relève de l’esprit, à savoir d’une construction perceptive.)

 Si même le Réel est à 100% réductible à de l’informationnel, alors… :

– soit tout est illusion (dans la mesure où nous n’accorderions pas le statut de quelque chose de bien réel à l’information),

– soit l’information est réelle, l’information est le Réel… et la matière-énergie n’est qu’une illusion produite par l’informationnel

Questions physiques :

– l’informationnel, pour s’exprimer, n’a-t-il pas besoin d’un substrat ?

– le problème c’est que si l’hypothèse heuristique du tout informationnel est vraie, alors ce substrat lui-même est information…

– mais alors… sur quoi repose l’information… ? Sur elle-même ? Comment peut-elle être son propre substrat ?

Questions épistémologiques :

– le Réel doit-il se concevoir nécessairement comme le plan de réduction maximal de tous les phénomènes, jusqu’à donc aboutir à de la pure matière-énergie ou plus encore à du pur informationnel ?

– le Réel n’est-il pas plutôt : et la souche, et ses ramifications (y compris celles qui sont en train de germer et dont nous n’avons même pas encore connaissance) ?

– pourquoi cette tendance philosophique et physique millénaire à tout vouloir réduire à un plan initial, comme à vouloir tout ramener à un grand principe, comme Dieu par exemple ? Et à considérer que le seul Réel, c’est ce plan là, voir ce point-là ?… déniant ainsi à tous les phénomènes engendrés ou conséquents le statut de réalités authentiques (au même titre que l’hypothétique plan de base) ?

– par esprit de provocation spéculative, ne pourrait-on pas s’amuser à poser l’hypothèse que nos imaginations soient plus réelles que le supposé Réel ?

– … car après tout, si le Réel est réductible à de l’informationnel, alors nos imaginations ont le même statut ontologique : elles sont, elles aussi, ni plus ni moins réductibles à de l’information.

– Nous marcherions donc sur le même terrain, le Réel et nous : il n’y aurait pas de distance ontologique ; il n’y aurait que l’illusion d’une distance ontologique… engendrée par croyance et par la vision idéologique dans laquelle nous baignons.

J’avais écrit ceci, et c’est toujours dans le « A propos » de mon blog Le monde réel : »Le réel est une lentille tendue, flottante, qui fait le monde. Nous n’avons pas accès au Grand Réel, c’est l’Inconnaissable. Notre monde à nous est pure interface. Ainsi nous marchons sur un fil tendu à gouffre entre sens et choses. Nous vivons d’impressions, frappés d’effets de réel. Par moment, la mitraille s’intensifie et il nous semble comprendre, parfois même co-naître. Grandiose illusion. Nous n’explorons jamais que le Mystère. »

Dans cette citation, je considérais spontanément qu’il y aurait un Grand Réel (= le Réel), et que nous n’aurions, nous, accès qu’à des effets de réel, en quelque sorte des reflets partiels du Grand Réel, anamorphosés par notre système neuro-cognitif : bref, notre réel perçu.

 

A présent je ne suis pas même sûr qu’il existe un Grand Réel… Peut-être n’existe-t-il que des effets de réel !

Une hypothèse audacieuse serait que le Réel n’existe qu’au travers de ses effets. Autrement dit encore : ce serait nos modalités perceptives – à nous, êtres vivants, et même à tous les existants – qui constitueraient comme les pièces du puzzle énergético-informationnel constitutif du Réel. Le Réel ne préexisterait donc pas ; mais il résulterait.

Je crois qu’une hypothèse proche avait été émise au sujet de la question de Dieu, qui serait une production de l’esprit humain : Dieu émergerait réellement de notre foi, en quelque sorte. Là, il s’agit de considérer que le Réel, après lequel court la science actuelle, n’a aucune existence, ni propre ni précédente, aucun primat d’originalité. Mais que ce que nous nous plaisons à imaginer comme le Réel ne vient à l’existence qu’au travers de la « somme » cumulative de nos perceptions intérieures. Nos imaginaires, essentiellement non-corporés car purement informationnels (hypothèse), généreraient un plan dérivé, que nous appelons « Réel », et que nous considérons à tort comme premier, alors qu’il est, ontologiquement parlant, le dernier: la concrétion finale d’un pur bouillonnement informationnel dont nous serions l’origine.

http://lemondereel.wordpress.com/2013/07/20/toujours-en-quete-du-reel/

“C’est en posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses” en poussant encore un peu je peux dire c’est en se posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses.

Bien que ce terme n’est pas tout à fait juste, ce sont simplement les réponses du moment d’avant, tout simplement fausses car le moment n’est plus et qu’il convient “peut être” de remettre en cause en faisant le point sur leur adéquation au milieu. Quand à la nature du Réel, information ou pas, je n’en retiens que l’espace relationnel d’un coté le soi avec ses perceptions, de l’autre le Réel, la réalité, l’environnement, le milieu, les noms ne manquent pas pour aller même jusqu’à Dieu. Pour moi tout n’est que relation et donc c’est essentiel de composer avec cet espace relationnel pour une bonne communication. In fine je me retrouve bien dans la thèse du tout est information auquel je rajoute un second terme : tout est information et relation.