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Le lieu pour quelques articles au fil des moments de la vie

Autour du chemin de vie…

Ce texte est une conversation autour de… ici autour du chemin de vie, d’autres thèmes suivront peut être. Une écriture à plusieurs mains, sans autre mouvement que celui de la relation et du cheminement éminemment personnel. Car oui ça ne parle que de cheminement et donc n’engage in fine que ces quatre mains qui ont travaillé ensemble…

Merci à Franck Osswald.

P…

Un temps j’ai beaucoup écrit sur l’être, ensuite ce fut la Présence qui est devenue déterminante. Et puis en décembre 2014, coincé dans une magnifique kératite qui m’empêchait de lire et d’écrire moi qui suis un littéraire fou de livres… et qui m’a poussé à « regarder » autrement mes clients, depuis décembre donc, je suis passé sur autre chose.

L’indéfinissable, si je devais le nommer je dirai « connexion et senti », et ça sera bien plus difficile d’en dire plus. Car voilà oui, ces derniers jours je me rends compte que c’est assez de penser, voire même de penser à la pensée qui pense… m’enterrant encore plus profond dans un non mouvement. Car penser à marcher n’a jamais fait avancer personne !

Et ça renvoie toujours à ce que je vis en moi même et que je croise dans mes rencontres. Trop de statique amène un besoin de dynamique, trop de dynamique amène un besoin de statique. Le statique peut être vu comme une structure, et si elle est souple et légère c’est bien plus facile à porter. Le dynamique peut être ce mouvement qui nous fait avancer, rire, manger, faire l’amour et j’en passe. Toutefois l’être n’est rien sans un certain équilibre, une certaine harmonique, une juste résonance entre ce statique et ce dynamique. « Il faut de la mesure en toute choses » disait Horace Walpole et l’humain se mesure aussi comme cela.

La mesure amène l’espace, la distance, la ligne droite, la courbe, la direction, le chemin. Car en fait la mesure crée surtout de l’espace disponible, un cheminement vers…

L’espace et le cheminement mènent souvent à la nature, de l’intérieur à l’extérieur il faut aussi de la mesure pour passer de l’un à l’autre. Et du Senti.

Je me souviens il y a quelques années quand je rentrais du boulot, je passais par le parc à coté de la gare, et un chemin droit assez long et bordé d’arbres laissait jaillir la lumière et plus encore, je me suis senti toujours pris par cette lumière et ce chemin, sans pouvoir ni savoir déterminer ce qui se passait entre cet espace et moi, et plus que l’ego dans ce moi c’était bien un écho qui résonnait passant de l’extérieur vers l’intérieur.

Alors oui parfois aussi il est tentant de s’adosser à un arbre, tentant même d’enlacer un bel arbre, et d’écouter, de sentir. C’est d’abord dans ces moments et dans ces espaces qu’on s’oublie à la pensée, et qu’alors on s’ouvre à …

Et d’entrer dans le corps, j’aime le travail postural et j’ai puisé dans l’aïkido de Sumikiri, dans le Qi Gong et dans toute mes rencontres, toutes mes lectures et découvertes, pour mettre le corps dans l’axe principal, et c’est bien dans sa découverte qu’est alors apparu comme essentiel le centrage, l’équilibre, la distance, la relation entre soi et les autres…

Après on peut parler d’initiation, de travail sur soi, de chamanisme ou encore d’autre mots du monde du développement personnel, oui on le peut, je préfère encore une fois mettre plutôt en avant le chemin et la marche sur ce chemin en n’oubliant jamais les pauses utiles et agréables.

Je n’ai pas dit grand-chose, je n’ai pas développé de grands concepts… Les mots viennent sans la pensée, les mots viennent de l’espace qui est mesuré, qui est senti. Et en l’occurrence je n’ai qu’une envie, c’est de laisser la parole à quelqu’un d’autre. A mon ami Franck Osswald… Car un écho répond parfois à un autre écho qui répond lui même… Esprit de suite, ou suite de l’esprit.

F…

Le senti, le faire, le non faire et la disponibilité…

Que nous soyons dans le cadre du chamanisme ou de l’initiation ou encore du spirituel n’est finalement pas le propos. Le message essentiel se situe au niveau de l’épanouissement de l’être global, de son “envol” vers un sentiment de liberté et d’exhalation du soi. Et pour cela il faut connaître le soi.

Comment connaître le soi sans passer par le senti autrement qu’en se référant à de l’information extérieure provenant de l’environnement, de notre éducation, du monde social et de ces infinis variété d’étiquettes construites par des penseurs et des théoriciens? Le senti nous amène au coeur d’un système d’information interne basé sur le savoir inné ou ce que Don Juan appelle aussi la connaissance silencieuse. Cette connaissance nous traverse indépendamment de tout concept et théorie.

Notre société s’est construite sur le faire. Pour exister, nous devons toujours “faire” quelque chose. Cela commence tout petit déjà. Nous devons faire nos devoirs, faire attention à ceci et à cela, faire ce qu’il faut pour être intégré dans la société (la politesse, etc…). Plus tard, nous continuons de faire. Nous exerçons un métier (c’est un faire) auquel souvent nous nous identifions (je suis médecin, ouvrier, plombier, etc…), nous mettons la table, faisons à manger, nous mangeons suivant des apprentissages précis (avec la fourchette et pas avec les mains), tout ce que nous faisons est un faire basé sur la mémoire, sur l’apprentissage, donc sur le passé. Cela crée un ensemble d’habitudes et nous appelons ça la vie. Mais nous ne nous sentons pas bien dans cet excès de routine. Nous ne vivons rien de nouveau, rien de marrant, tout est toujours pareil… Alors certains vont trouver d’autres choses à faire (oui encore du faire). De nouvelles activités, un nouveau conjoint (voire un amant ou une maîtresse par goût du danger), un nouveau job, ils changent de maison, parfois même ils partent vivre à l’étranger. Mais si nous analysions les racines de toutes ces décisions nous tomberions souvent (voir toujours) sur un morceau de mémoire, une émotion, un sentiment enfoui qui nous pousse dans une direction opposée (mes parents n’ont jamais voyagé donc la liberté c’est dans le voyage que je vais la trouver) ou qui nous attire (j’ai un ami qui est heureux depuis qu’il a changé de boulot donc je vais suivre une formation). Cette apparente nouveauté nous satisfait un temps et on espère que cela sera pour longtemps. Dans mon cabinet je croise souvent des personnes ayant tout changé à un moment de leur vie pour dix ans plus tard se rendre compte que le sentiment d’ennui est toujours là, la routine est revenue, certes différente mais elle est bien et bien revenue au galop.

Mais attention, ne croyons pas que la personne oisive est dans le non faire ! Bien au contraire. L’oisiveté, la paresse, est un faire. La personne oisive procrastine dans son canapé (être assis dans le canapé en laissant les même pensées tourner en rond dans notre tête est un faire). Elle joue toute la journée sur sa console vidéo, c’est un faire. Elle se promène tous les jours et prends des verres avec des amis dans des bars, c’est un faire.

La société est remplie de personne qui savent faire. Qu’elles fassent bien ou mal les choses n’ont aucune importance. Ils font! Et nombreux sont ces experts en “faire” qui parlent d’un manque de quelque chose dans leurs vie. Même les gens aisées qui n’ont aucune limites financières et donc peuvent enchaîner les faire les plus fous, ne sont pas forcément heureux. Ils ne se sentent pas forcément complets. Certains se sentent vivre à travers une forme de notoriété. Ils ont écrit des livres, font des conférences, sont sollicités pour leur compétences et leurs savoir faire mais une fois seul chez eux, non sollicité, après des jours ou des semaines ils ne sentent pas bien. Alors il faut vite trouver quelque chose à faire pour surtout ne pas entendre ce cri intérieur, cette solitude intérieure.

Ce cri, non écouté, devient parfois violent et la machine, le corps reflète cette violence à travers des dysfonctionnements qu’on dit psychosomatiques. Mais là encore que fait on? Vite vite, trouvons le thérapeute dont le faire nous enlèveras cette épine du pied pour pouvoir retourner à nos occupations favorites.

Au passage on aura compris un ou deux trucs sur soi, on en fera un livre, etc… Et quelques temps plus tard, on se trouve confronté à un autre cri, voire le même mais avec un son différent…

Le non faire est un acte magique en dehors de notre cadre de pensée habituelle. Un acte qui libère de l’espace dans notre disque dur intérieur et cet espace devient une porte à travers laquelle on plonge en soi, dans notre obscurité intérieure pour trouver qui pousse ce cri et quel est son message.

Le senti est un acte “guerrier”, d’ailleurs la voie toltèque est aussi appelée la voie du guerrier. Mais loin de l’image belliqueuse du guerrier il s’agit bien  plus d’être conscient et observateur de nos habitudes inconscientes afin de délibérément se mettre à l’affût d’une nouvelle voie, d’un choix qui ne proviendrait pas des rouages de notre inconscient mais bien plus de notre conscience globale, de l’Esprit que d’autres systèmes de pensée appellent âme, la conscience supérieure, le soi supérieur où encore l’Aigle dans certaines traditions chamaniques. Des pages entières pourraient être écrites au sujet de cet Esprit et cela se fera peut être en son temps. Mais il est de plus en plus communément admis que nous, le petit soi, pourrions être une émanation d’un Soi plus grand avec une conscience plus globale. D’où l’image de l’Aigle, pour symboliser cet Esprit chez les chamans toltèques, qui de sa hauteur peut non seulement voir au sol avec une précision incroyable – il peut voir un objet de 16 cm à 1500m de hauteur – mais aussi les yeux de l’aigle sont tels qu’il ne peut percevoir ces petits objets à si grande hauteur que si le soleil est au beau fixe. Il a besoin de lumière pour voir. Cette analogie avec le chaman qui a besoin d’être Conscient pour voir l’ombre n’est pas un hasard. L’attention consciente et l’intention de voir sont les composantes du “senti”. Elles sont les ailes de la Conscience qui permet de mettre l’ombre en lumière et c’est en cela que le chaman se comporte en guerrier pour traquer sa proie: l’ombre en lui même.

En d’autres termes la voie du senti est la voie de la pleine conscience dans le but de traquer l’ombre pour en chasser les démons intérieurs (orgueil, avidité, jalousie, cupidité, absurdité, etc…) afin de devenir un être dit “total”, équilibré et libre. Ces faiblesses humaines sont des attaches qui nous attachent à la matière, non dans son sens noble mais obscur, qui nous poussent à posséder, manipuler (pour obtenir), se mettre sur des piédestaux, obtenir de l’autre du temps et de l’énergie voire de l’argent… Et tout cela devient dans une société basée sur l’apparence des sources de conflits à tous les niveaux de la société…et pour les enfants cela commence au berceau (voir in utero) quand le parent à coups de cris impose à l’enfant en demande d’attention, un silence pour avoir “la paix” parce que la relation parent enfant le dérange dans ses vieilles habitude de couple ou d’adulte, s’il a été “adulte” un jour. Cette absence d’attention deviendra blessure puis dans le meilleur des cas cette blessure formera une croûte psychique qui prendra l’apparence d’un masque le faisant agir de sorte à obtenir des autre l’attention qu’il n’a jamais eu mais d’une manière malsaine. Et un jour ce masque, cette croûte enfantera et s’il n’y a pas eu auparavant un travail de fait sur cette blessure tapie dans l’ombre de la non conscience de soi la croûte sera si solidement attachée qu’elle s’exprimera elle aussi dans l’éducation de l’enfant innocent.

Mais pour faire preuve de senti, et observer nos habitudes il faut de la disponibilité. La disponibilité du guerrier n’est pas du temps que l’on s’accorde en buvant un café sur sa terrasse, ni même de la méditation ou du yoga ou un quelconque loisir. Cette disponibilité du guerrier est avant tout une disponibilité intérieure, un espace silencieux dans l’esprit du guerrier. Tout le contraire de l’esprit tumultueux de la personne lambda ou de celle dont la tête est pleine à raz bord de concepts et de théories. Le guerrier intérieur peut être disponible alors même qu’il serait en train de courir un marathon ou de faire ses courses à l’hypermarché du coin. Cette disponibilité naît de l’intention de cesser de se fatiguer soi même et donc les autres également, en cessant les bavardages inutiles tant intérieurs qu’extérieurs. Pour ce fait il commence par apprendre à contempler. Dans la contemplation profonde, le dialogue intérieur cesse. Et pour le guerrier intérieur tout peut devenir sujet de contemplation: la rue, les arbres, les passants, un trottoir, un bruit répétitif comme le bruit rythmé d’un tambour chamanique ou encore le bruit de la rue car là aussi il y a rythme pour celui qui sait écouter. c’est pour cela que le vrai chaman moderne n’a nul besoin de s’extraire de la société pour contempler et sentir. N’importe quoi est sujet de contemplation pour le chaman car l’important n’est pas l’objet de contemplation mais le silence que la pratique procure à l’intérieur de son esprit. De ce silence naît la disponibilité avec laquelle il écoute et observe les mouvements de sa non conscience. S’il n’y avait que du bruit dans la tête comme c’est le cas de presque tout le monde comment pourrait il avoir une chance même infime de devenir observateur des mouvements de sa conscience? Quand ce silence est comme un passage à travers les pensées tumultueuses du monde. Le guerrier à percé et il peut maintenant voir au fond de lui où se cache l’ombre.

Percer et voir. Percevoir.

C’est ce qui s’est passé pour toi, Patrick, quand en rentrant “comme d’habitude” de ton boulot ta conscience a été attirée par un endroit qui t’invite à faire quelque chose d’inhabituel. Le chaman dirait que l’Aigle t’a montré un endroit et t’a invité à l’y rejoindre (et cette endroit est peut être aussi intérieur qu’extérieur). Si l’être est le soi supérieur c’est une invitation de ce grand soi à ce que le petit soi le rejoigne pour une union. Or le terme Yoga signifie union de la personnalité avec l’âme. Voila pourquoi ce travail sur l’ombre est si important. Car si la personnalité est souillée par des masques, comment pourrait elle s’unir avec cette partie plus grande que soi: l’âme.

Il serait absurde d’imaginer que cette âme dite “supérieure” serait elle même obscurcie par des masques inférieurs. Qu’aurait elle de “supérieure” si elle était aussi viciée et blessée que les tréfonds de notre non conscience? C’est pourquoi nul ne peut atteindre la lumière sans avoir fait un travail sur l’ombre. Il ne peut y avoir union s’il y a dissonance. Cela en dit long sur toutes ces techniques qui proposent la libération sans jamais vous inviter à transmuter le plomb de votre cave intérieur en or.

C’est ce qui rend la voie du senti difficile car en premier on devient conscient, des habitudes anodines. On les “Voit”, on les traque jusqu’à les mettre à jour et les changer. De cette pratique on acquiert une forme d’énergie et de la souplesse de caractère puisque habitué à changer ses habitudes non conscientes notre caractère s’assouplit. Cette souplesse dégage de l’énergie en libérant le disque dur, parce que maintenir une habitude même inconsciente demande à notre cerveau de l’énergie. Et cette énergie s’accumulant nous permet d’aller toujours plus loin dans la cave… Jusqu’à voir des traits de caractère si affreux qu’on ne pensait voir que chez les autres et là je vous passe le flot de sensations qui nous traverse avant de s’en libérer ! Certains “thérapeutes” critiquent cette forme de travail mais pensez simplement à une maison habitée dont personne n’est allé à la cave depuis 30 ans, tout en y jetant aveuglément “tout ce qui ne sert plus”. Le jour où armé de courage l’habitant décide d’y faire le grand ménage, qui oserait penser que cela sera une partie de plaisir ou un paradis des bisounours ? Qu’imagine-t-on trouver dans les coffres et derrière les meubles (si tant est qu’il y ait des meubles…)? Dans quel état d’esprit s’imagine-t-on être en soulevant une caisse abandonnée là depuis une trentaine d’année et ne sachant même plus si elle contient des restes de nourriture, du linge sale et puant d’humidité, ou un rat mort ? Et si personne ne fait ce travail…combien de temps pense-t-on pouvoir vivre dans cette habitation…l’esprit tranquille ? Peu de temps si l’on est une personne qui désire vivre sainement de fonds en combles !

Oui la voie du senti est dure mais dans les caves on y trouve aussi des merveilles insoupçonnées, des talents oubliés, et parfois des coffres aux trésors… à condition d’y aller.

P…

Et voilà qu’en lisant ta réponse, je retrouve un même élan dans ce que j’avais posté auparavant sur Facebook. Certains diraient que c’est une synchronicité, Jung aimerait assez ça, d’autres parleraient de connexion, les mots ne sont rien en fait, ils expriment si peu de ce qui est.

donc je vais continuer en reprenant et amendant ce texte dont je parlais :

Ne serions nous pas comme ce personnage, mi ombre, mi lumière ? à l’image du symbole du Yin Yang ? et ne vivrions nous pas sans voir, ni accepter certaine part de ce soi ?

l’acceptation, la gratitude envers ce que nous sommes est une part importante du travail sur soi. Car in fine si nous le faisons pas, nous continuons de voyager avec une part aveugle, une part manquante. Et d’ailleurs rien ne nous dit que nous voyageons avec la bonne part… Si nous ne faisons pas ce travail d’acceptation rien ne pourra nous faire avancer vers ce qui est soi.

Alors oui je suis un être sombre et oui je suis aussi un être de lumière. Oui je suis capable de choses pas très glorieuses, et oui j’en ai déjà faites… Et oui je suis aussi capable de belles choses et oui je préfère d’ailleurs ce coté là de moi.

Attention que cette préférence n’oblitère pas l’autre part, attention que cette préférence n’empêche pas de voir la globalité de l’être. Attention que cette préférence ne devienne pas aveuglement.

On peut lire déjà cette approche chez Richard Moss, quand il parle de l’acceptation des sentiments abyssaux.

Comment l’être en nous, ce soi, peut se réaliser alors qu’on a de l’attention que pour, allez je risque un chiffre pour illustrer le propos, 50% de ce qu’on est !

Car voilà, se réaliser, c’est d’abord être soi totalement, ce qui ouvre à un vaste ensemble de cohérence et d’action pour la vie.

Et je citerais aussi un bien beau conte suédois, retrouvé dans le livre de Jack Kornfield , « Après l’extase, la lessive. »

Un conte qui parle de relation, d’amour, et du dépouillement, il contient bien plus que cette première couche autour d’une histoire d’amour… Quand à moi j’y vois une belle métaphore sur notre intériorité, ses aspects sombres ou sauvages et ceux plus éduqués, polis, éduqués. Et donc un beau conte sur l’intégration des parts en soi.

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Du fait de l’infortune de ses parents, une jeune princesse nommée Aris fut promise en mariage à un terrible dragon. Lorsque le roi et la reine l’annoncèrent à la princesse, celle-ci eut très peur pour sa vie mais, reprenant ses esprits elle se rendit à travers le marché auprès d’une femme de sagesse qui avait élevé douze enfants et vingt-neuf petits enfants et connaissait les manières des dragons et des hommes.

Cette femme annonça à Aris qu’elle allait effectivement se marier avec le dragon mais qu’il existait des moyens appropriés pour s’en approcher. Puis elle lui donna des instructions pour la nuit de noces et demanda en particulier à la princesse de revêtir à cette occasion dix robes magnifiques, l’une au-dessus de l’autre.

 Les noces eurent lieu et il y eut une grande fête au palais. Puis le dragon emporta la princesse vers la chambre à coucher. Lorsqu’il s’approcha de son épouse, celle-ci l’arrêta en lui disant qu’elle devait enlever avec précaution toutes ses parures avant de lui offrir son coeur. Et sur les conseils de la vieille femme, elle ajouta qu’il devait, lui aussi, enlever précautionneusement ce qui l’habillait. Le dragon accepta de bon coeur.

 “A chaque fois que j’enlève une épaisseur de robes, tu dois aussi enlever quelque chose.” Alors, enlevant sa première robe, la princesse regarda le dragon se défaire de la première couche de sa cuirasse d’écailles. Bien que ce fut douloureux, le dragon avait déjà fait cela de temps en temps. Mais la princesse enleva une autre robe, et une autre encore. A chaque fois le dragon se vit obligé de retirer une épaisseur d’écailles de plus en plus profonde. A la cinquième robe, le dragon commença à verser de chaudes larmes de souffrance. Malgré cela la princesse continua.

 A chaque nouvelle couche, la peau du dragon devenait de plus en plus tendre et sa silhouette s’adoucissait. Il devint de plus en plus lumineux et quand la princesse ôta sa dixième robe, le dragon laissa tomber le dernier vestige de sa forme de dragon et apparut en homme, un beau prince dont les yeux étincelaient comme ceux d’un enfant, enfin libéré du vieux sortilège d’être un dragon. La princesse Aris et son nouveau mari s’abandonnèrent en suite aux plaisirs de leur chambre nuptiale, suivant ainsi le dernier conseil de la femme de sagesse aux douze enfants et vingt-neuf petits enfants.

La part d’ombre, la part sombre, les écailles du dragon, le démon, le sauvage ou encore le chaos voilà aussi ce que l’on porte en nous.

Et ces jours ci c’est de l’agacement qui me porte aussi, un agacement venu de ce monde du développement personnel qui vend sans travailler sur soi comme il se doit. Oui il est devoir sur soi, quand ça te capte, t’attrape tu as aussi des devoirs, ce devoir envers toi, et aussi ce devoir entre… Et je suis agacé et triste de ceux qui vendent des services ou des produits en dehors du respect à leurs devoirs d’être. Car si peu travaillent déjà sur eux, encore moins travaillent sur cette part d’ombre.

Mon expression, mes mots je le répète ne sont que bordures, impressions, et je n’ai rien trouvé de précis pour définir et dire. Je ressens et j’exprime.

Bien sur je suis d’accord avec toi, quand je parle d’action c’est pour éviter de parler du faire, et si je parle de faire c’est pour éviter de parler d’action. Le non-faire, le non-agir, le non-vouloir sont aussi des aspects essentiels de la découverte. De toute façon c’est bien le moment qui ouvre cet espace entre, et lors dans cet espace entre c’est vice et versa, c’est pour et contre, c’est l’envers et l’endroit, l’ailleurs et l’ici, rien et tout.

Plus possible d’éviter en fait, dans cet espace entre, l’évitement n’est plus possible, et c’est ça qui est dur, qui fait la difficulté du travail, qui épuise, fatigue, et qui aussi ressource, dynamise.

Comment expliquer ça autrement je ne sais.

Cet espace entre il est derrière le voile dirait certains, et pourtant il est aussi devant le voile, de tant d’années de parcours je découvre à peine cela, que tout est partout et que le travail à faire et à ne pas faire c’est juste cela ouvrir et découvrir, dépouiller ce qui cache, mettre à nu, comme ce dragon qui ôte ses couches d’écailles…

Harmonie de la relation et du cheminement…

Il est utile de faire le point de temps en temps.

L’importance du Topos est réelle. Faire le point est indispensable pour savoir si le chemin est encore cohérent avec la destination désirée. Nul voyageur n’oserait dire le contraire, la carte, la boussole, le sextant et autres outils ont balisé le chemin des explorateurs et des voyageurs.

C’est une attention particulière et globale au monde que j’aime à mettre en oeuvre, et que j’encourage à mettre en oeuvre. Cette attention au monde s’accompagne très bien de la médiance chère à la mésologie, médiance qui établit une relation d’échange entre soi et le milieu.

Deux axes me sont apparus prioritaires pour aller dans ce sens, pour cheminer le mieux possible.

Le premier c’est le relâchement, la relaxation, le mouvement juste.

Depuis que j’ai découvert l’Aïkido en juin 2013 j’ai du beaucoup apprendre sur moi et réapprendre à communiquer avec mon corps. Je me suis retrouvé dans ce texte. Merci à Philippe Herr et à son site.

“Dans le langage des arts martiaux japonais, entre initiés, on parle du mouvement de soustraction. Il faut savoir que tous les sports mondiaux dont l’origine est pour la plupart gréco-romaine sont basés sur ce que nous appelons le mouvement d’addition : pour se déplacer, il faut rajouter une puissance. Pour faire un sprint par exemple, on fait un appui au sol, et on exerce une poussée (propulsion) en contractant les muscles. Dans les arts martiaux, c’est tout le contraire : on avance en relâchant les muscles, autrement dit en tombant. Quand on relâche les muscles, une énergie liée à la gravitation se libère. Avec le relâchement musculaire, le mouvement est immédiat, en un seul temps, ce mouvement est beaucoup plus rapide qu’avec le système musculaire de l’addition qui ne peut se faire qu’en deux temps. Mais il faut améliorer notre posture en tirant profit de l’inertie : c’est en relâchant le poids du corps que l’on bouge. Dans la logique du mouvement de soustraction, on transpire peu parce que l’on travaille en synchronisant le système musculaire, le système tendineux, le système nerveux et le système osseux, ce qui permet de se mouvoir avec une faible consommation d’énergie et de sels minéraux.”

http://aikidoenergie.wordpress.com/2014/06/11/mouvement-de-soustraction/

Je suis encore bien loin d’avoir atteint le niveau suffisant, toutefois je ressens et comprend plus justement ce qui est en jeu et c’est dans une pratique quotidienne d’écoute de soi et du corps que je me retrouve. Peu à peu tout cela prend sens et se cale. Et me donne vraiment envie de continuer dans la pratique des arts martiaux.

Mon second axe de travail est sur la quête du Réel.

Lire et réfléchir, assimiler et expérimenter. La méditation d’abord et ensuite la pratique de l’hypnose, surtout lors de la rencontre avec mes clients, mes diverses lectures essentiellement Watzlawick, Nardone, Leloup, Moss et quelques philosophes modernes tel que Pirsig et Comte-Sponville.

Je reprend avec plaisir une formule de Protagoras : “L’homme est la mesure de toute chose”, ce qui a donné lieu au relativisme moderne et justement à tous les travaux de l’école de Palo Alto.

Je suis souvent en regard sur ce Réel, en quête et en non confiance de ce que parfois mes filtres peuvent percevoir. Il est important de savoir d’où l’on pense. Et le texte de Philippe Herr, encore lui, est éclairant :

Un ami me fait part des propos de Frank Hatem, métaphysicien, dont voici un petit extrait :

F. H. : C’est en posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses.   Quelqu’un qui dit « Vous voyez bien que la matière existe ! Si je me cogne contre le mur, cela fait mal ! Donc la matière est réelle », eh bien cela n’est pas rationnel, il faut le ramener au rationnel que son mental refuse, mais est capable d’accepter. « Eh bien oui, effectivement, cela fait mal, donc c’est une sensation, donc c’est l’esprit ! En quoi la sensation prouve-t-elle la matière ? Elle ne prouve que la sensation, donc l’esprit ». Donc c’est une question que se pose le mental et qu’il ne pourra plus ne pas se poser.

A. F. : Si je saigne, ce n’est pas une sensation, je vois bien le sang couler. Je me suis cogné le genou sur le sol, je vois bien le sang couler, ce n’est pas une sensation.

F. H. : Bien sûr que si ! Si tu vois le sang couler, c’est une perception. Qu’est-ce que c’est qu’une perception, sinon de l’esprit au même titre qu’une sensation ?

                                                                                                               

                                                                                              *

Pour rebondir rapidement sur ce que dit Hatem, et tel que ça me vient :

Le Réel existe, très certainement, mais il n’existe, pour un être vivant, qu’au travers de ses perceptions. Ses perceptions dépendent de son câblage neuronal, qui lui même permet de faire « tourner » son système cognitif. Je suis d’accord, tout est illusion, dans le sens où tout ce que nous percevons est, de par le fait même d’une perception en action, subjectif.

 Comme nous partageons, nous, humains, le même système neurologique, nous avons un système cognitif relativement identique d’individu à individu.

 Nous percevons le Réel globalement de la même manière… du moins en ce qui concerne le rapport « physique » avec la matière. Parce qu’en ce qui concerne la « vision du monde », cela relève de la mythologie, ou de l’idéologie, bref de l’imaginaire et des « idées » ; c’est encore un niveau d’illusion au dessus, une couche supplémentaire de capacité à s’illusionner.

 Il y a le Réel, insaisissable ; et il y a la réalité, ce que nous sommes à même de percevoir du Réel. (Ceci juste pour donner des noms à ces deux plans : le plan objectif, et le plan subjectif). L’individu partage la réalité sociale, en (grande) partie. L’individu possède aussi un monde intérieur, son imaginaire personnel (qui est à un niveau de réalité encore moins réel – du moins en apparence – que la réalité sociale partagée.) ça fait pas mal de couches d’illusions, déjà !

 Ceci dit, toutes ces couches de perception subjectives ou d’imagination propre font intégralement partie, elles aussi, du Réel.

Le Réel ne s’arrête pas à la matière (même quantique ou infra quantique) ; le Réel intègre tout, donc aussi tous les niveaux d’organisation de la matière qui constitue les substrats de nos niveaux d’illusion.

 Au Réel originel (une sorte de proto-matière-énergie quantique !) s’est ajouté tous les niveaux créés par des entités vivantes.

Ce que je veux dire c’est que ces modes d’organisation – ceux des créatures – font désormais partie du Réel. Ils ne sont pas réductibles à un état initial ; car c’est l’organisation même de la matière énergie (donc leur structure informationnelle) qui les constitue désormais en tant que partie intégrante du Réel.

 C’est du Réel ajouté. La matière-énergie a crû en information : ce gain informationnel fait lui aussi partie du Réel. C’est peut-être ce qui le constitue in fine (d’où la fameuse « métaphysique quantique », pour laquelle – du moins en tant qu’hypothèse heuristique – tout n’est qu’information, tout serait réductible à de l’information).

 Pour un être vivant, tout ce qu’il perçoit, ressent (et bien sûr imagine) est vécu en esprit.

 Mais qu’en est-il, par exemple, de notre fonction digestive ? Elle n’a pas besoin de notre subjectivité pour fonctionner ; elle n’a pas besoin que nous y pensions ; c’est un système bio-automatique. Ce n’est ni de la réalité (perçue) ni du Réel (pur, neutre), c’est… de l’incarné.

 Qu’en est-il de notre inconscient et de son travail autonome nocturne, durant les rêves ? Nous ne le contrôlons pas (sauf exception : mais alors, dès l’instant où nous le contrôlons, nous basculons du côté de l’illusion, puisque tout perçu, selon Hatem, si j’ai bien compris, relève de l’esprit, à savoir d’une construction perceptive.)

 Si même le Réel est à 100% réductible à de l’informationnel, alors… :

– soit tout est illusion (dans la mesure où nous n’accorderions pas le statut de quelque chose de bien réel à l’information),

– soit l’information est réelle, l’information est le Réel… et la matière-énergie n’est qu’une illusion produite par l’informationnel

Questions physiques :

– l’informationnel, pour s’exprimer, n’a-t-il pas besoin d’un substrat ?

– le problème c’est que si l’hypothèse heuristique du tout informationnel est vraie, alors ce substrat lui-même est information…

– mais alors… sur quoi repose l’information… ? Sur elle-même ? Comment peut-elle être son propre substrat ?

Questions épistémologiques :

– le Réel doit-il se concevoir nécessairement comme le plan de réduction maximal de tous les phénomènes, jusqu’à donc aboutir à de la pure matière-énergie ou plus encore à du pur informationnel ?

– le Réel n’est-il pas plutôt : et la souche, et ses ramifications (y compris celles qui sont en train de germer et dont nous n’avons même pas encore connaissance) ?

– pourquoi cette tendance philosophique et physique millénaire à tout vouloir réduire à un plan initial, comme à vouloir tout ramener à un grand principe, comme Dieu par exemple ? Et à considérer que le seul Réel, c’est ce plan là, voir ce point-là ?… déniant ainsi à tous les phénomènes engendrés ou conséquents le statut de réalités authentiques (au même titre que l’hypothétique plan de base) ?

– par esprit de provocation spéculative, ne pourrait-on pas s’amuser à poser l’hypothèse que nos imaginations soient plus réelles que le supposé Réel ?

– … car après tout, si le Réel est réductible à de l’informationnel, alors nos imaginations ont le même statut ontologique : elles sont, elles aussi, ni plus ni moins réductibles à de l’information.

– Nous marcherions donc sur le même terrain, le Réel et nous : il n’y aurait pas de distance ontologique ; il n’y aurait que l’illusion d’une distance ontologique… engendrée par croyance et par la vision idéologique dans laquelle nous baignons.

J’avais écrit ceci, et c’est toujours dans le « A propos » de mon blog Le monde réel : »Le réel est une lentille tendue, flottante, qui fait le monde. Nous n’avons pas accès au Grand Réel, c’est l’Inconnaissable. Notre monde à nous est pure interface. Ainsi nous marchons sur un fil tendu à gouffre entre sens et choses. Nous vivons d’impressions, frappés d’effets de réel. Par moment, la mitraille s’intensifie et il nous semble comprendre, parfois même co-naître. Grandiose illusion. Nous n’explorons jamais que le Mystère. »

Dans cette citation, je considérais spontanément qu’il y aurait un Grand Réel (= le Réel), et que nous n’aurions, nous, accès qu’à des effets de réel, en quelque sorte des reflets partiels du Grand Réel, anamorphosés par notre système neuro-cognitif : bref, notre réel perçu.

 

A présent je ne suis pas même sûr qu’il existe un Grand Réel… Peut-être n’existe-t-il que des effets de réel !

Une hypothèse audacieuse serait que le Réel n’existe qu’au travers de ses effets. Autrement dit encore : ce serait nos modalités perceptives – à nous, êtres vivants, et même à tous les existants – qui constitueraient comme les pièces du puzzle énergético-informationnel constitutif du Réel. Le Réel ne préexisterait donc pas ; mais il résulterait.

Je crois qu’une hypothèse proche avait été émise au sujet de la question de Dieu, qui serait une production de l’esprit humain : Dieu émergerait réellement de notre foi, en quelque sorte. Là, il s’agit de considérer que le Réel, après lequel court la science actuelle, n’a aucune existence, ni propre ni précédente, aucun primat d’originalité. Mais que ce que nous nous plaisons à imaginer comme le Réel ne vient à l’existence qu’au travers de la « somme » cumulative de nos perceptions intérieures. Nos imaginaires, essentiellement non-corporés car purement informationnels (hypothèse), généreraient un plan dérivé, que nous appelons « Réel », et que nous considérons à tort comme premier, alors qu’il est, ontologiquement parlant, le dernier: la concrétion finale d’un pur bouillonnement informationnel dont nous serions l’origine.

http://lemondereel.wordpress.com/2013/07/20/toujours-en-quete-du-reel/

“C’est en posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses” en poussant encore un peu je peux dire c’est en se posant des questions qu’on remet en cause les fausses réponses.

Bien que ce terme n’est pas tout à fait juste, ce sont simplement les réponses du moment d’avant, tout simplement fausses car le moment n’est plus et qu’il convient “peut être” de remettre en cause en faisant le point sur leur adéquation au milieu. Quand à la nature du Réel, information ou pas, je n’en retiens que l’espace relationnel d’un coté le soi avec ses perceptions, de l’autre le Réel, la réalité, l’environnement, le milieu, les noms ne manquent pas pour aller même jusqu’à Dieu. Pour moi tout n’est que relation et donc c’est essentiel de composer avec cet espace relationnel pour une bonne communication. In fine je me retrouve bien dans la thèse du tout est information auquel je rajoute un second terme : tout est information et relation.